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  • : le vent qui souffle
  • : Un souvenir surgissait parfois des mots comme un djinn d'une jarre, un souvenir imaginé, un oubli imaginaire... Le jeu de l'oubli dans l'écriture consistait à donner une forme à ces souvenirs blancs qui s'échappaient comme des fantômes...
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Ballet d'oiseaux

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29 octobre 2012 1 29 /10 /octobre /2012 00:04

 

     Rester assez longtemps dans un endroit pour « voir venir » était le but de la famille. Chaque étape, le début ou la fin d'un nouvel espoir. Au bout d'un temps qui ne paraissait plus compter, la joie s'exprimait. Le père de Minima faisait bon usage de son violon. Avec l'argent gagné, il achetait des objets dont ensuite il fallait se délester. Dans une maison que la famille avait occupée avant sa démolition, il avait installé un meuble lourd et encombrant qui déroulait du fil avec un bruit de moteur. La machine à coudre avait semblé ouvrir la voie d'un avenir prometteur. A travers la fenêtre qui donnait sur la rue, toute la famille avait pu « voir venir » les passants qui deviendraient leurs clients.

 

      Minima avait souvent aidé sa mère à pousser le tissu sous le pied-de-biche. Les yeux de l'enfant s'efforçaient de garder la cadence pour suivre les tracés que la mère faisait prendre au fil. Le moteur de la machine à coudre vrombissait doucement quand la mécanicienne repérait les difficultés du terrain, puis il s'emballait, et le tissu virevoltait sous les griffes du pied-de-biche. Minima voyait avec crainte et admiration les "doigts en or" de sa mère échapper de justesse aux perforations de l'aiguille. Dans les ateliers clandestins, on recherchait des mains rapides comme les siennes.

 

      Entre les murs de coquillages, sur le tapis de sable, Minima me laissait entrevoir les espérances de sa vie clandestine. Filtrés par les nuages, les rayons du soleil couchant descendaient en couronne sur sa tête. Au temps de la machine à coudre, elle aimait regarder son reflet dans les vitrines. L'épicier lui trouvait bonne mine, le libraire donnait ses vieux illustrés à son frère, la boulangère lui offrait souvent une friandise. Elle les rencontrait chaque jour sur le chemin ambigu d'une école. Son double je parlait deux langues dont l'une, bien que plus hermétique, jetait de nombreuses passerelles vers les autres. Avec ses camarades, elle avait appris à dessiner le plan du quartier. Elle repérait les noms inscrits sur des écriteaux au début et à la fin de chaque rue. Elle connaissait par (le) coeur l'emplacement de toutes les maisons, boutiques et institutions.

 

      Les lettres blanches d'un ancien cinéma, PARADISO, s'élançaient en arc de cercle au-dessus d'une grille métallique noire rouillée. A travers les barreaux, elle examinait de vieilles photos restées fixées aux murs qui racontaient des histoires miraculeuses ou féériques. Une aveugle recouvrait la vue, Cendrillon était transformée en princesse, un gamin des rues devenait cinéaste. Sa propre histoire se superposait spontanément à ces images. Une ancienne petite mendiante recevait des lettres de noblesse : S.L, Sarah Lumière, héritière du royaume de ses pères.

 

      Avec son frère qui rôdait dans les parages, elle faisait des plans sur la comète. A un certain moment, il aurait besoin de son aide. Il faudrait qu'elle sache courir longtemps, longtemps. Qu'elle embarque sur un navire sans avoir peur d'être mise à fond de cale. Qu'elle plonge dans une eau trouble pour se reposer ensuite sur la plage d'un paradis. Les habitants y vivaient, croyait-elle, sans peur et sans reproches...

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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