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  • : le vent qui souffle
  • : Un souvenir surgissait parfois des mots comme un djinn d'une jarre, un souvenir imaginé, un oubli imaginaire... Le jeu de l'oubli dans l'écriture consistait à donner une forme à ces souvenirs blancs qui s'échappaient comme des fantômes...
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18 décembre 2013 3 18 /12 /décembre /2013 00:04
La garde des sceaux, Christiane Taubira, a annoncé, jeudi 23  octobre 2014, à l’Hôtel de ville de Paris, à l’occasion d’une soirée d’hommage et de la projection du film L’Honneur des gueules noires, de Jean-Luc Raynaud, consacré à la grande grève de 1948, que le gouvernement déposera un amendement au projet de loi de finances pour 2015 reconnaissant le  » caractère discriminatoire et abusif «  de leur licenciement.

 

Très beau film documentaire diffusé par france3.fr      link

  L'honneur des gueules noires

 

arton37170.jpgUn documentaire de Jean-Luc Raynaud
Une coproduction : Arturo Mio, France Télévisions et CRAAV Nord Pas-de-Calais, avec la participation du CNC et de la Procirep

"Cette bataille a été le plus long tunnel qu'ils aient jamais creusé, contre l'oubli de ce que fut la grande aventure charbonnière de ce pays... "

11 Mars 2011. La cour d'appel de Versailles a finalement donné raison à 17 mineurs de fond, reconnaissant ainsi le caractère discriminatoire de leurs licenciements par les Charbonnages de France en 1948 ! Parce qu'ils avaient osé faire grève 56 jours durant pour protester contre la suppression de leur statut. Ils étaient syndicalistes, anciens résistants ou sympathisants communistes.

L'odyssée de cette réparation morale va durer 63 ans. C'est une décision unique qui récompense un combat collectif, syndical, politique, social et juridique parmi les plus longs de l'histoire. Une longue bataille contre l'oubli, contre un déshonneur que les mineurs bannis ont caché à leurs enfants presque toute leur vie.

Et cependant, coup de Grisou, le 17 Mai 2011 : les Charbonnages de France annoncent qu'ils se pourvoient en cassation. Ils contestent la portée symbolique du litige, alors qu'ils n'ont plus la moindre existence industrielle et que leur décision relève de la Tutelle du Ministère de l'Industrie [Christine lagarde en 2011, qui aujourd'hui?!...].

 

Tout est donc à refaire, encore une fois, pour ces hommes, ces femmes et leur descendance, alors que leur vie, pour la plupart, touche à sa fin.

Les héros du film sont les mineurs survivants, les veuves des disparus ou leurs enfants qui ont hérité ou repris ce combat. Ils partagent le récit de leur histoire avec ceux qui les ont soutenus pendant toutes ces années de lutte, un magnifique collectif d'avocats autour de Tiennot Grumbach, l'avocat des salariés et des victimes. Ceux-ci témoignent avec émotion des liens créés avec les mineurs dans ce long combat contre l'injustice. 

 

 

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17 décembre 2013 2 17 /12 /décembre /2013 00:04

dimanche 17 décembre 2028

 

que me reste-t-il? // à part cette inanité de paroles vaines // les cris ne peuvent être que muets // les larmes sèchent // il est vain, il est vain de crier! //

~~~~~~~~~~~~~ 

 

ECRIT DEPUIS L'AVENIR

 

 

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15 décembre 2013 7 15 /12 /décembre /2013 00:04

     Quand je revenais de L. et que j’allais me promener vers H., je ressentais une forme d’apaisement mêlé d’étonnement. Les maisons étaient basses, les rues assez larges, la campagne était proche et l’air plus léger. La fraîche perception retrouvée des débuts de mon existence était malheureusement troublée par l’onde de choc des paroles dures qui m’avaient révélé, en septembre 1970, la maladie de ma mère. Les Parques avaient décidé de mettre fin à ses  jours dans les deux à trois ans à venir et nul n’y pouvait rien. Mon père avait voulu trancher dans le vif, tout me dire en quelques mots, sans me laisser d’illusions. J’ai vacillé comme un funambule en train de perdre l’équilibre. Je ne sais qui, de ma mère ou de moi, a le plus menti, le plus déguisé sa tristesse. Je m’étais convaincue qu’elle ne connaissait pas l’échéance et croyait sa guérison possible. La vérité est sans doute que je n’aurais pas pu lui parler comme à une future morte. En sa présence, je contrôlais toutes mes émotions, toutes mes pensées. Je les canalisais vers un seul but : qu’elle ne s’aperçoive de rien, que par ma joie de vivre, réelle ou feinte, elle se sente emportée dans un torrent d’optimisme. Je vivais les moments passés à ses côtés dans l’intensité absolue de l’instant, appuyée sur son anéantissement.      ENFANCE

 

 

 

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14 décembre 2013 6 14 /12 /décembre /2013 00:04

 

Refuge pour les dépaysés:

 

 

http://lescosaquesdesfrontieres.com/a-propos/

 

http://lescosaquesdesfrontieres.com/2013/12/14/gens-de-bien-gens-de-peu/

 

 

Il n’y a pas besoin d’émigrer pour se sentir dépaysé. Le monde autour dépayse.

 

Donc, on se réfugie souvent dans sa tête, où l’on se trouve sur son propre terrain. Dans son propre pays ou les autres n’arrivent jamais, sauf pour des visites à la frontière. Où l’on peut se reposer, la nuit, aux bords d’un lac blanc où croissent les fleurs du silence nourricier. Où l’on peut lire, se penchant au-dessus les épaules de Fosco Zaga, l’ancien Livre secret de son grand-père Renato, sept pages blanches montrant que tout est encore possible.

 

Où l’on peut voyager verticalement, comme fit remarquer Johan Brouwer, un écrivain hollandais des années trente, dans la toute petite cellule de prison où il était enfermé longtemps pour un meurtre passionnel, avant de devenir un hispanologue fameux et d’être fusillé par les allemands pour un acte héroïque.

 

Il faut défendre ce territoire. Le désert est tout autour; les tartares, viendront-ils ? On guette, on garde son territoire, on s’imagine un cosaque des frontières.

 

Il y a beaucoup de cosaques des frontières, gardant leurs domaines. Parfois, ils se réunissent dans la ville, autour une table dans une grande volière, pour échanger des renseignements, dans un besoin – malgré tout – d’un peu d’amitié et de reconnaissance. Où les petits oiseaux vont-et-viennent.

 

Je suis très heureux que Brigitte Celerier, Anh Mat, Dominique Hasselmann, Serge Bonnery, Anna Jouy, Christine Zottele, Françoise Gérard et Lelius ont gracieusement accepté de me joindre.

 

 

jan doets

 

 

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13 décembre 2013 5 13 /12 /décembre /2013 00:04

 

"Carnets de route". Reportage.     

 

par Jean-Paul MARI, journaliste au Nouvel Obs - 28 novembre 2013

 

Calais, son casino, sa plage. Et son port noyé sous une pluie drue et glaciale qui vous transperce, portée par un vent du Nord infernal. Qu’est-ce que je fais ici ? La même chose qu’à Lampedusa en Sicile, son soleil, sa plage et sa mer turquoise. Je cours après les immigrés clandestins érythréens qui rêvent de passer en Angleterre, d’atteindre les falaises de Douvres, dernière étape avant Londres, sa pluie, son smog et ses "Fish and Ships". Soleil ou pluie, les émigrés se foutent de la météo, ils veulent un avenir, et d’abord du travail. Ne plus survivre, mais gagner de quoi vivre décemment et de payer le prix du passage à leurs proches, une mère, une femme, un jeune frère, prisonnier de la dictature à Asmara, d’un camp au Soudan ou d’une prison de l’enfer de Libye.

IMG_3499.JPG

Les quais de Calais sont le dernier obstacle avant le but. Ici, pour l’instant, on dégouline et les baskets font à chaque pas un bruit d’éponge enrhumée. Devant, il y a la Manche, trente kilomètres d’eau glaciale. Impossible, sans papiers, de monter dans un ferry. À moins de nager vers le quai pour éviter les contrôles, de monter à bord clandestinement ou de se cacher dans un camion qui embarque. Dieu qu’il fait froid sur ces quais ! Et eux qui dorment dans un squat, sous une tente détrempée, enroulée dans une couverture humide et se réveillent avec une seule idée en tête : passer.

Moi, je suis venu ici sur les traces d’un noyé. Mourir dans le port de Calais, la nuit, à cent mètres du quai, à deux pas du but et à des milliers de kilomètres de son point de départ, c’est absurde. Je cherche les traces d’un mort et j’ai rencontré les autres, ses semblables, ses frères, que la mort n’arrête pas. Alors, je cours sur le port noyé par la pluie assassine, pour repérer le bon camion, le bon ferry, le trou dans les barbelés et la faille - rare - dans la forteresse.

IMG_3487.JPG

Parfois on souffle au buffet de la gare, là où se retrouvent tous ces gens de passage. Tiens ! Lui, grand gaillard, survêtement de plastique, et teint gris des noirs affamés. Érythréen bien sûr. Accepte un sandwich, parle anglais, bon sourire. Lampedusa ? Bien sûr. Comment s’est passée la traversée ? "Quelques petits problèmes..." On insiste. Il raconte. Tesfaï faisait partie des passagers de la barque qui a pris feu et coulé en pleine nuit au large de Lampedusa : 366 morts. Lui a nagé quatre heures dans l’eau sombre. Un survivant, miraculé, qui parle de "petits problèmes"... ces hommes sont sidérants. À peine repêché, il s’est échappé et a pris le chemin du Nord. L’Angleterre, c'est en face.

IMG_3493.jpg

Il pleut de plus en plus fort. Le port devient noir, les quais sont déserts, les rues se vident, Calais fait la gueule. Un homme arrive en laissant derrière une coulée de boue. Encore un Érythréen. La quarantaine, un blouson de nylon sur le dos, un keffieh autour du cou, pas vraiment l’allure d’un gamin qui cherche à traverser. Lui aussi a le teint pâle. Mais c’est à force de vivre dans l’hiver suédois où il a trouvé refuge dix ans plus tôt. Samiel a des papiers, une maison, un travail, une femme et des enfants. Que fait-il dans cette galère de Calais ? Il cherche.

Depuis deux ans, chaque fois qu’il a une semaine de congés et un peu d’argent, il prend le train de Stockholm vers Calais. Lui aussi traîne sur les quais, dans les squats lépreux ou les camps de tentes détrempées. Et il pose toujours la même question en montrant une photo écornée : "Mon frère. Un grand gaillard d’Asmara. A disparu ici. Cela ne vous dit rien ? Regardez encore, s’il vous plaît." Deux ans ! Il a tout essayé, les clandestins, les flics, les hôpitaux, la morgue... rien. Il n’a plus d’argent, va bientôt repartir : "Je reviendrai".


IMG_3481.JPG

On pointe le nez hors de la gare. La pluie ne faiblit pas. Rendez-vous avec Roby, un ami du noyé. Il est en retard. Arrive enfin, en jean, chemise ouverte sur un tee-shirt blanc, gelé, épuisé, affamé mais avec son sourire d’ado aux lèvres. Hier soir, il a essayé de passer en se glissant dans un camion sur le parking du port. Les policiers et leur chien l’ont reniflé. Il a passé la nuit au poste avant d’être libéré au petit matin. Ses trois copains n’ont pas été repérés dans le poids-lourd qui a démarré à l’heure et roulé... vers la Belgique. Ils reviendront, dans un jour ou deux, à pied ou en stop. Tout est à refaire.

Roby va chercher de quoi manger et dormir un peu. Et vers minuit, il repartira vers le port, son parking, ses quais, l’eau glacée de la manche et les grands bateaux qui voguent vers l’Angleterre. Il pleut à nouveau très fort, le vent devient fou, la nuit va bientôt tomber. Je claque des dents. Cette fois, la météo n’y est pour rien. Ces gosses me font froid dans le dos.

 

Jean-Paul Mari     link

 

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11 décembre 2013 3 11 /12 /décembre /2013 00:04

lundi 11 décembre 2028

 

lumière du matin, aurore aux doigts de rose

nos lèvres cueillaient la rosée à tes lèvres

baiser tendre du jour à la vie frémissante

nous étions l'objet de tant de soins, tant d'amour

nos coeurs étaient fermés, nos yeux ne voyaient plus

nos mains agitées de mouvements fébriles

déchiraient les soies légères de nos atours

comme des furies, nous dansions avec la mort

nous l'invoquions, la provoquions, nos cris stridents

lui ouvraient un large chemin de ronces folles

qui lacéraient nos pieds meurtris et douloureux

nous étions fous de rage, emplis de haine atroce 

et possédés par une folie destructrice

nos lèvres cueillaient la rosée à tes lèvres

puisses-tu nous rendre le doux baiser du jour

aurore aux doigts de rose, lumière de nos corps

nos coeurs sont aujourd'hui transpercés de remords

~~~~~~~~~~~~~~~~~~~~~~~~~~~~~~~~~~~~~~  

 

ECRIT DEPUIS L'AVENIR  

 

 

 

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10 décembre 2013 2 10 /12 /décembre /2013 00:04

dimanche 10 décembre 2028

 

je n'étais pourtant pas ce ver de terre auquel on a voulu me réduire

je n'étais pas destinée à devenir cet objet d'avilissement soumis à toutes les cruautés

une conscience s'était élevée un jour, semblait-il, une fois pour toutes

une étincelle d'amour et de liberté avait brillé comme un soleil

nous n'étions plus, nous pensions que nous ne serions plus jamais cette boue

à l'origine de nos existences

car tel était notre désir, telle était notre volonté

car tel était le sens de nos souffrances et de nos révoltes

humaines

avant

au temps de l'Eden terrestre

quand l'espoir d'un monde meilleur fabriqué de nos mains

était encore possible

~~~~~~~~~~~~~~~~

 

VECTEUR

 

 

 

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9 décembre 2013 1 09 /12 /décembre /2013 23:04

samedi 9 décembre 2028

 

fatigue et découragement

comme un écureuil sur son tourniquet

l'innocence en moins

l'inconscience de...

 

répétitions // incantations // non // assez! //

~~~~~~~~~~~~~~~~~~~~~~~~~~~ 

 

VECTEUR 

 

 

 

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8 décembre 2013 7 08 /12 /décembre /2013 00:04

     Le champ lexical de la maison n’avait rien à voir avec celui de l’école et inversement. Je vivais en équilibre sur un fil entre deux mondes qui s’excluaient. Le fil pouvait se rompre à tout moment, je le savais, l’étonnant n’était pas que je tombe mais que je continue d’avancer. Je faisais donc à chaque moment l’expérience ontologique de ce qui pourrait n’être pas. Les mots étaient merveilleux car sous couvert d’expression ils me permettaient de me taire. C’était en silence que je pouvais chercher les mots d’une rédaction à faire et en silence qu’il m’était donné de lire. Aucune explication, aucune justification à fournir, rien que le silence qui permettait le rêve. Les mots frémissaient comme les ailes d’un papillon avant de s’envoler du texte. Leur sens était fragile et leurs infinies nuances se déposaient sur les pages en très fine poussière. J’avais, chez moi, la réputation de vivre dans ma tête, en classe, d’être toujours ailleurs. Grosso modo ou cahin-caha, j’apprenais ainsi à rafistoler les morceaux séparés de ma vie…     ENFANCE

 

 

     

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6 décembre 2013 5 06 /12 /décembre /2013 00:04

 http://www.youtube.com/watch?v=TeLAGblQhZQ 

 

 

     Dans le cadre des Vases communicants ( link ), imaginés par François Bon (Tiers Livre: link) et Jérôme Denis (Scriptopolis: link), animés et coordonnés par Brigitte Célerier (link), j'ai le plaisir d'accueillir aujourd'hui sur mon blog Giovanni Merloni qui m'a gentiment invitée à échanger avec lui sur le thème de l'enfance. Lui-même publie sur son blog (link) le texte que ses photos m'ont inspiré.

 

    Auparavant, car l'actualité récente m'y invite, je souhaite mettre en exergue, comme illustration des tragédies de  l'enfance, cette photo d'un père et de son fils Roms pourchassés par les autorités françaises:

748231-policiers-francais-montent-garde-alors

    

     Nous sommes tous des Roms

     http://www.amnesty.fr/AI-en-action/Discriminations/Discriminations/Actualites/France-les-Roms-condamnes-l-errance-9463

 

 

   

Croisement et point de fuite, rencontre avec une de nos deux enfances:

 

   texte : Giovanni Merloni

   photos : Françoise Gérard

 

 

F 1 

   

001_ la barque à voile

 

Les enfants âgés de quatre à sept ou huit ans sont des hommes (ou des femmes) en miniature, capables aussi bien de chevaucher le vélo de leurs parents que de se faufiler dans une minuscule barque jouet.  

 

Ces objets — le guidon de la bicyclette, la voile en plastique de la barque — ont la fonction d’autant de rochers, auxquels s’accrocher, comme aux genoux de la mère ou le veston rugueux du père. Autour de ces petits riens de métal ou de bois (ou aussi en plastique), les enfants ont l’indomptable pouvoir de construire des mondes merveilleux où le désir se transforme en découverte et la peur se fabrique un abri toujours adapté.

 

Les enfants n’ont pas besoin de s’évader dans des endroits forcément confortables, car ils possèdent la pleine conscience de l’inadéquation des instruments de leurs fantaisies et en même temps ils devinent l’existence d’un lien robuste entre ces objets récupérés n’importe où et les mondes extraordinaires où leurs fantaisies vont s’installer. 

 

Je crois, ma chère Françoise, que nous avons beaucoup joué, tous les deux, avec la boue et les débris abandonnés dans les terrains vagues, que tu as secondé ton frère dans le jeu du ballon, comme je faisais avec mon frère à moi, souvent n’utilisant que de vieilles boules dégonflées ou donnant des coups de pied à des cailloux…

 

 

 

 

F 2 1957-copie-1 

   

002_frère et sœur (particulier)

 

« Cette photo a été prise près de l'endroit où, cet été-là, j'ai failli me noyer. C'est mon frère qui m'a repêchée avec des amis qui jouaient non loin ». J’imagine un fleuve ou un ruisseau apparemment tranquille. Peut-être, ce jour-là, tu essayais de saisir quelques objets qui flottaient au fil de l’eau (une plume blanche ?). Moi j’étais plus petit quand une femme moins distraite vis-à-vis des autres s’aperçut de cette petite île — un slip blanc qu’on aurait pu confondre avec une boule de savon — affleurer de la surface lessiveuse du lavoir.

 

Évidemment, je ne me souviens de rien. D’ailleurs, après un long silence (assez inquiétant chez mes parents), le premier mot que j’ai prononcé de ma vie a été « acqua », c’est-à-dire « eau ». Donc je suis peut-être fondamentalement amphibie.

 

Mais toi, est-ce que tu te souviens de ce jour « particulier » ?

 

En te lisant, suivant les péripéties de tes textes, on a souvent l’impression d’avoir juste la bouche et le nez en dehors d’une mer heureuse et de s’y aventurer avec toi, sans aucun souci des distances ni des tempêtes. La mer et l’eau en général sont peut-être, pour toi, des moyens essentiels pour te rapprocher, physiquement et sentimentalement, de questions cruciales et engageantes. D’ailleurs, « le vent qui souffle » auquel s’inspire ton blog, c’est ton toit, ton baldaquin, ton abri. Si le toit est le vent même et que la mer est l’unique point d’appui, tu es bien courageuse, car la seule chose qui reste solide c’est toi, dans toutes les traversées que tu entames et que tu achèves.

 

 

 

 

F 2 1957

   

003_frère et sœur (complète)

 

« Je sais bien que je n'ai pas l'air d'une fille et qu'il fallait que je le précise… ». Oui, j’avais appelé cette image, selon l’usage italien « le portrait des deux frères », bien sachant que la petite sur la droite est une jeune fille, arborant d’ailleurs un foulard autour du cou.

 

Curieusement, cette photo pourrait se titrer « Croisement et point de fuite ». Car en fait la petite Françoise est juste au centre d’une curieuse perspective reliant sur trois niveaux une rue avec son garde-corps en ciment et briques, un mur en briques auquel tu t’appuies et l’autre mur en pierre blanche qui borde un petit gouffre végétal. Les axes visuels convergent vers leur point de fuite tandis que les jambes maigres de ton frère se croisent. Il y a donc un sentiment d’attente ou de vrai suspens : d’un côté, le bonheur d’avoir la vie sauve, une joie évidente moins dans les regards des deux jeunes que dans l’esprit du photographe ; de l’autre côté, l’épée de Damoclès http://fr.wikipedia.org/wiki/Épée_de_Damoclès du reproche voltigeant sur les deux têtes. Est-ce que ton frère ressentait ce jour-là le même sentiment de culpabilité du frère du Petit fugitif ? http://fr.wikipedia.org/wiki/Le_Petit_Fugitif_(film,_1953)    

 

 

 

 

F 3 1959 Armentières 

   

004_famille à Armentières

 

« Ici, j'ai grandi et je suis habillée en fille… »

On ne se souvient que des beaux jeux, des livres aux illustrations colorées, de l’oncle sympathique ou de la tante bizarre. On ne se souvient pas de la faim. Notre génération, issue de l’après-Seconde Guerre, n’est pas morte de faim. Pourtant, nous avons bien sûr connu l’importance des repas et sommes redevables d’une reconnaissance infinie à toutes ces mains qui, souvent au prix de grands sacrifices, se sont précipités pour nous offrir le pain, les pommes de terre, les soupes ou le pot au feu. À cette époque-là, le fait de pouvoir manger c’était toujours des prix gagnés en échange de notre obéissance et bonté envers les autres. Sinon, au lit sans dîner !

 

Dans cette image de famille, je crois te reconnaître au centre, les yeux un peu resserrés pour te défendre du soleil. Un soleil bienveillant, qui caresse toute la famille d’une couche affectueuse. Je crois que vous êtes à Armentières, dans le nord de la France, en hiver, que vous venez de déjeuner et que vous êtes heureux. On le voit aussi bien dans l’air poli de ton frère (qui ne croise pas les jambes, ici) que dans le combatif de ta mère. Je trouve en elle une singulière affinité avec mes cousines de Romagne — Dora et Luisa — aussi vivantes que sérieuses, aussi prêtes à la lutte que disponibles aux sourires innocents. D’ailleurs, on dit que les gens de Romagne héritent beaucoup des anciens peuples de la Gaule…

 

 

 

 

F 4 

   

005_La guerre des boutons

 

Dans cette photo, l’enfant armé de pistolet ressemble beaucoup à ta mère et bien sûr à toi aussi. À sa gauche, je crois reconnaître son frère cadet. C’est une photo qui exprime parfaitement la paresse de celui ou celle qui actionne l’appareil photo et reflète en même temps ce typique climat de recherche d’un motif, d’un prétexte pour entamer un jeu, pour inventer une situation : « J’étais… Napoléon ! », « J’étais mon grand-père en charrette ! », « J’étais Jeanne d’Arc », « J’étais… »

 

 

 

 

F 5

   

006_La trappe

 

Ici, tes deux enfants ont déjà grandi. Et pourtant, ils aiment se faufiler dans une trappe. Il n’y a rien de plus suggestif qu’une porte serrée à l’embouchure d’une galerie souterraine. L’imagination part au galop.

 

Bien avant l’enfance, je crois, quelque dieu invisible décide pour nous le numéro magique qui nous fera de guide. Si on est enfant unique, ce 1 qu’on nous colle à la peau nous donne surtout des sentiments de responsabilité et de solitude. Si l’on est deux, ce numéro 2 nous poursuivra pendant toute la vie :

— M’accompagnes-tu ?

— C’est à toi de porter le cartable, maintenant !

— Tu en profites parce que je suis plus petit.

— Allons chercher quelqu’un pour jouer aux trois Mousquetaires !

 

En fait, le duo devient presque toujours une force dans les groupes de gens du même âge, surtout s’il y a entre les deux partenaires un expérimenté jeu d’équipe. Mais après, c’est la vie qui nous débarque dans une troupe nombreuse ou exigüe, et ce n’est pas évident de se débrouiller si quelqu’un d’entre nous est l’Eau et qu’il a affaire avec le Vent (qui souffle), la Terre (au-dessous de la trappe) et le Feu (de son âme inquiète).

 

 

 

 

F 6 

   

007_Le vélo

 

« Plus tard, je n'ai peut-être pas encore vraiment l'air d'une fille, mais il est plus facile de faire du vélo en pantalon. »

En voyant cette photo, j’ai tout de suite imaginé une promenade avec toi au bord d’un lac. Moi je me promène à pied, tandis que toi tu avances en bicyclette. Moi je suis obligé de courir un peu, mais toi tu es toujours prête à t’arrêter pour m’attendre. Ou alors tu décides carrément de marcher toi aussi, tout en poussant le vélo par le guidon.

 

De quoi parlerions-nous ?

Moi je me lancerais dans une divagation sur le thème de l’inconscience. Elle était absolument nécessaire si l’on voulait que ton portrait fût sincère et inoubliable. Donc, en raison de la beauté évidente de cette photo je conclurais que tu étais bien consciente du fait que quelqu’un essayait de t’encadrer dans une photo. Pourtant tu n’avais pas résisté dans le rôle du modèle insouciant ou indifférent, car tu étais intéressée à celui ou celle qui te pointait. Il ou elle te parlait, et tu t’oubliais de toi-même…

 

Dans un esprit philosophique qui me dépasse toi, au contraire, tu affirmes qu’à ces temps-là « les corps croyaient avoir une âme ». Donc, pendant que le photographe suait et soufflait, essayant tout de même de te convaincre — à arrêter la bicyclette et dire tout simplement « Cheese » —, ton corps se tenait péniblement en équilibre entre le vent et l’eau. Cela donnait à ce corps même l’illusion d’avoir une âme et cette âme en profitait pour voltiger comme un nuage invisible entre tes yeux et l’objectif qui les photographiait…

 

Mais, où allait vraiment cette bicyclette ? Et maintenant, où s’est-elle installé cette chasseuse de papillons poussée par le vent qui souffle ? Apparemment, un bûcher de la mémoire — ou le manque de temps pour s’y appliquer — empêche de reconstruire un à un les passages d’une vie de réflexions et de rêves, mais aussi la maturation d’une intelligence vive, subtile, émotive, ouverte vers les autres. Pourtant, cette fois-ci, en dépit de toutes les techniques ultra-sophistiquées du futur qui nous hante, il ne nous suffira pas de « cliquer pour agrandir » la photo et y voir l’éclair bruyant et venteux qui souffle dans tes yeux.

 

Siffle le vent, hurle la tempête

Souliers cassés et pourtant il faut continuer

Pour conquérir le printemps rouge

Où se lève le soleil de l'avenir

Pour conquérir le printemps rouge

Où se lève le soleil de l'avenir…

 

http://fr.wikipedia.org/wiki/Fischia_il_vento

 

Chanson : Fischia il vento, urla la bufera

http://www.youtube.com/watch?v=TeLAGblQhZQ

 

 

 

 

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