Overblog
Suivre ce blog Administration + Créer mon blog

Présentation

  • : le vent qui souffle
  • : Un souvenir surgissait parfois des mots comme un djinn d'une jarre, un souvenir imaginé, un oubli imaginaire... Le jeu de l'oubli dans l'écriture consistait à donner une forme à ces souvenirs blancs qui s'échappaient comme des fantômes...
  • Contact

Recherche

Archives

Autoportrait

         Qui étais-je vraiment? /

Ballet d'oiseaux

          au bord de la mer  

Impossible livre

      Mots

    déploiement géométrique, sonore, temporel

Les mots/"Sons" dessus dessous?/Où (hou!hou!) sont les sons?/Sur les ondes/Tout se jouait entre deux mots qui se fuyaient/Ecrits déchirés/Les mots me manquent/Mots à profusion/Fond et forme/L'art de combiner les sons/Passerelles de mots/Sous le couvert des mots /Ma voix résonne dans le désert!/C (Qu) antique/Mots creusés-creusets /Mots interdits /Mots /                       

       Motifs

     Leitmotiv/    

         Ombres

     Point de rencontre /Aboli bibelot /Portrait/  

         Images

     Images découpées/La dernière image de lui/ Autoportrait /  

          la lettre i

     Démolition/DESPERADO/Eperdument/  

           immense

     Un océan à traverser/Plans sur la comète, rêverie géante.../  

            improvisations

     Nécessité fait loi?/ Chevauchée fantastique/  

             invisibles frontières  

     Moi et/ou moi/Acrostiche/Du trajet au destin (tragédie?)/Elle ourlait le bord des précipices.../Incertains rivages/L'usine/Couloirs du temps/  

          itinéraires

     Rose des vents/Prendre le large/

26 janvier 2014 7 26 /01 /janvier /2014 00:04

Ma vie s’était organisée en compartiments. J’aurais aimé avoir assez de recul pour en contempler l’architecture, mais je n’apercevais même pas l’ombre de son esquisse. Pourtant, j’avais à ma disposition, à la surface du sol, la base d’un triangle dont les sommets pouvaient être notés par les points A., H. et L.. J’aimais marcher le long du petit côté AH quand je revenais de L.. J’y recherchais sans doute une forme d’inspiration pour réussir à me projeter vers le futur avec un peu de bonheur. Des souvenirs m’effleuraient, je ne les recherchais pas pour eux-mêmes. Je portais plutôt attention à mes sensations, à la légèreté de l’air ou à la douceur de certaines lignes qui se profilaient vers l’horizon du ciel. Il me semblait alors qu’un autre moi-même extérieur recueillait mes soucis entre les paumes de ses mains...

 

ENFANCE

 


Partager cet article
Repost0
19 janvier 2014 7 19 /01 /janvier /2014 00:04

Dans le meilleur des cas, la vie me paraissait avoir la beauté aléatoire d’un jet d’eau, dont il est impossible de prévoir avec précision les retombées de gouttelettes. Je devais être l’une de ces gouttes, à la périphérie d’un système de forces étranger à ma vie. Je me souviens d’une nuit noire passée à lire le journal de Kafka. J’étais à la fois soulagée de me découvrir comprise par ses mots et désespérée par l’emprise de l’absurdité du monde sur moi-même. Comme si je continuais à quémander un sens ou des lueurs définitivement refusés. Vers cette époque ou un peu plus tard, j’avais vu au cinéma L’Homme qui dort. Je me souviens de cet étonnement merveilleux devant la découverte d’une similitude des solitudes, solitude de cette conscience isolée/emprisonnée dans le cadre étroit des murs d’une chambre, impossibilité personnelle de parvenir à jeter des ponts avec quiconque. J’avais sur-interprété ce film comme une représentation objective de ma propre solitude intériorisée.  

 

ENFANCE    

 


 

 

 

Partager cet article
Repost0
18 janvier 2014 6 18 /01 /janvier /2014 00:04

Les mots rendaient visible, parfois, ce que je n'avais pas fait exprès de cacher dans mon univers intérieur. J’écrivais des poèmes de désespoir et de révolte. Ma trajectoire scolaire me poussait vers des cibles identifiées comme socialement valorisantes, mais désavouées implicitement par mon père. Je me sentais traversée par des forces contraires qui me tiraient à hue et à dia. Comme une balle en caoutchouc, je m’élançais dans des directions multiples, contradictoires, que je croyais parfois choisir mais souvent pas.

 

ENFANCE

Partager cet article
Repost0
15 décembre 2013 7 15 /12 /décembre /2013 00:04

     Quand je revenais de L. et que j’allais me promener vers H., je ressentais une forme d’apaisement mêlé d’étonnement. Les maisons étaient basses, les rues assez larges, la campagne était proche et l’air plus léger. La fraîche perception retrouvée des débuts de mon existence était malheureusement troublée par l’onde de choc des paroles dures qui m’avaient révélé, en septembre 1970, la maladie de ma mère. Les Parques avaient décidé de mettre fin à ses  jours dans les deux à trois ans à venir et nul n’y pouvait rien. Mon père avait voulu trancher dans le vif, tout me dire en quelques mots, sans me laisser d’illusions. J’ai vacillé comme un funambule en train de perdre l’équilibre. Je ne sais qui, de ma mère ou de moi, a le plus menti, le plus déguisé sa tristesse. Je m’étais convaincue qu’elle ne connaissait pas l’échéance et croyait sa guérison possible. La vérité est sans doute que je n’aurais pas pu lui parler comme à une future morte. En sa présence, je contrôlais toutes mes émotions, toutes mes pensées. Je les canalisais vers un seul but : qu’elle ne s’aperçoive de rien, que par ma joie de vivre, réelle ou feinte, elle se sente emportée dans un torrent d’optimisme. Je vivais les moments passés à ses côtés dans l’intensité absolue de l’instant, appuyée sur son anéantissement.      ENFANCE

 

 

 

Partager cet article
Repost0
8 décembre 2013 7 08 /12 /décembre /2013 00:04

     Le champ lexical de la maison n’avait rien à voir avec celui de l’école et inversement. Je vivais en équilibre sur un fil entre deux mondes qui s’excluaient. Le fil pouvait se rompre à tout moment, je le savais, l’étonnant n’était pas que je tombe mais que je continue d’avancer. Je faisais donc à chaque moment l’expérience ontologique de ce qui pourrait n’être pas. Les mots étaient merveilleux car sous couvert d’expression ils me permettaient de me taire. C’était en silence que je pouvais chercher les mots d’une rédaction à faire et en silence qu’il m’était donné de lire. Aucune explication, aucune justification à fournir, rien que le silence qui permettait le rêve. Les mots frémissaient comme les ailes d’un papillon avant de s’envoler du texte. Leur sens était fragile et leurs infinies nuances se déposaient sur les pages en très fine poussière. J’avais, chez moi, la réputation de vivre dans ma tête, en classe, d’être toujours ailleurs. Grosso modo ou cahin-caha, j’apprenais ainsi à rafistoler les morceaux séparés de ma vie…     ENFANCE

 

 

     

Partager cet article
Repost0
1 décembre 2013 7 01 /12 /décembre /2013 00:04

     H. était le satellite de A.. Les morceaux de leurs territoires étaient organisés en quartiers que les rues avaient pour fonction de suturer. Ils ont constitué le support géographique des premières années de ma vie. Je les ai parcourus en suivant une progression centripète puisque je me rapprochais du centre de l’agglomération principale au fur et à mesure que je grandissais. En 1969, cette force d’attraction vers le centre s’est accélérée au point de me propulser, après le bac, jusqu’à L., la métropole régionale. Ces déplacements géographiques s’accompagnaient parallèlement d’un éloignement de la sphère familiale, voire de ma sortie de son champ d’influence. Les vies que je menais à l’extérieur ou à l’intérieur de la maison rebondissaient l’une contre l’autre sans trouver de point d’intersection autre que le lieu de l’espace-temps qui m’était assigné. Autrement dit, mes deux vies étaient déconnectées. Je me suis accommodée de cette ligne de fracture en la reprisant de silence, découvert à l’envers des mots...      ENFANCE

 

 

 

 

Partager cet article
Repost0
24 novembre 2013 7 24 /11 /novembre /2013 00:04

     Sans doute le Jokari a-t-il permis que je m’exerce à trouver des éléments de langage pour sortir du chaos. Le magma implicite devenait plus fluide, extensible et fin comme l’élastique. D’un coup de raquette, je lançais la balle à l’autre bout du monde connu. J’apprenais à baliser mon territoire, à en explorer les limites. La petite balle en caoutchouc avait la fonction d’un émissaire. Elle décrivait de la terre vers le ciel et du ciel vers la terre des orbes, des courbes, qui m’expliquaient l’Univers. Je dialoguais ainsi avec les puissances contraires, les rebonds de la balle au bout de l’élastique faisaient se rejoindre les contradictions. Je n’étais pas toute-puissante puisque je devais apprendre à maîtriser mes gestes. J’apprenais la modestie en même temps que la mesure. J’étirais mes coups comme j’étirais mes phrases. Les mots me conduisaient dans de multiples directions aux destinations insoupçonnables. Avec les vingt-six lettres de l’alphabet, j’avais à ma disposition des mondes en quantité infinie. Les voyelles prenaient toutes les colorations de la lumière, les consonnes dansaient sur les pages. Les mots que je formais, les phrases que j’alignais, apportaient des bouts de réponse aux questions lancées par ma conscience figurée sans doute inconsciemment par la balle compacte qui rebondissait sur le sol. Quel dieu, quelle puissance jouait ainsi avec le cœur de moi-même en mon for intérieur ? Que ressentaient les autres ? Avaient-ils la même perception que moi du chaos et/ou de l’organisation du monde ? Quelle était la langue qui éclairait leur conscience ? Comment s’arrangeaient-ils avec elle ? Tandis que je philosophais avec la balle, elle me divertissait. Ses rebonds parfois imprévus faisaient que le fil de notre conversation s’interrompait. J’avais du mal à la rattraper. Trop essoufflée, je finissais par me déclarer K.O...     ENFANCE  

 

 

 

 

Partager cet article
Repost0
23 novembre 2013 6 23 /11 /novembre /2013 00:04

   Non, je n’étais pas passée sans transition de l’état instable et anxieux de mon enfance à l’apaisement des années qui s’étaient succédé ensuite jusqu’à mon départ pour L. en suivant une orbite aussi régulière que celle des corps célestes. Cette impression résulte d’un effet de perspective dû à l’inclinaison prise par ma mémoire. Si je me rapproche de la période que j’ai appelée « newtonienne » de ma vie, je constate qu’elle est parsemée elle aussi de trous et de bosses. Néanmoins, l’impression dominante que m’a laissée mon enfance reste incontestablement la confrontation inconfortable au mystère insoluble de la vie et de la mort, alors que l’âge de raison et les années qui ont suivi ont permis que je campe sur un sol plus solide...      ENFANCE

 

 

Partager cet article
Repost0
18 novembre 2013 1 18 /11 /novembre /2013 00:04

     Nous répétions la même séquence des dizaines ou des centaines de fois. Combien de milliers de va-et-vient, de trajets identiques, de coutures superposées dans les cartons où les pièces achevées s'empilaient, aurions-nous la chance de pouvoir continuer encore à faire ensemble si la balance ne penchait pas du mauvais côté ? Mes parents travaillaient tous les deux dans le textile. Mon père était tisseur dans une usine, ma mère mécanicienne à domicile. Elle travaillait surtout le soir, après le repas, et parfois, trop rarement, quand elle acceptait mon aide maladroite, au lieu de me coucher, j’assistais à sa séance de couture. Pour voir clair, elle allumait une petite lampe fixée au-dessus du pied-de-biche. Je regardais avec une certaine crainte le trou minuscule par lequel l’aiguille automatique faisait entrer et sortir le fil à toute vitesse. Mon cœur s’emballait en même temps que le moteur de la machine quand je l’entendais rugir. Ma mère était une virtuose. Je suivais avec admiration les mouvements de ses mains qui poussaient sous l’aiguille les deux parties faufilées du tissu, s’écartaient au bon moment, revenaient, faisaient faire un virage à la pièce assemblée, continuaient la trajectoire jusqu’à la jonction finale, celle où j’intervenais en coupant le fil, juste après le nœud qui devait empêcher la couture de s’effilocher. Elle était payée à la pièce et plus elle en assemblait, plus elle recevait d’argent, mais, disait-elle, « les journées n’ont que vingt-quatre heures ». Aussi me semblait-il qu’elle tirait sur le temps comme sur un élastique, pour en tester sans doute le point de rupture ?…      ENFANCE

 

 

Partager cet article
Repost0
17 novembre 2013 7 17 /11 /novembre /2013 00:04

     La lampe de la machine éclairait ses mains resserrées autour du pied-de-biche. Elle se plaignait de gerçures, et même de crevasses, je n'aimais pas que ma mère s'abîme. Elle confectionnait des pièces de vêtements par séries ou, selon le sérieux ou la fantaisie des commandes, des stores, des draps, des toiles de décors. Les tissus rêches sentaient encore la chimie. Les cols-poignets-emmanchures, qui formaient des piles sur la table, étaient les principaux piliers du savoir-faire de ma mère. D'un sujet à l'autre, je découvrais avec elle les nouveaux itinéraires. Assise à ses côtés sur un tabouret, il me semblait que je pilotais aussi. Mon efficacité était certaine une fois la pièce finie. Ma mère l'écartait d'un geste vif, je coupais le fil, j'avançais la pièce suivante. Il n'y avait pas de temps mort, seulement un ralentissement de la machine.      ENFANCE

 

 

Partager cet article
Repost0