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  • : le vent qui souffle
  • : Un souvenir surgissait parfois des mots comme un djinn d'une jarre, un souvenir imaginé, un oubli imaginaire... Le jeu de l'oubli dans l'écriture consistait à donner une forme à ces souvenirs blancs qui s'échappaient comme des fantômes...
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Autoportrait

         Qui étais-je vraiment? /

Ballet d'oiseaux

          au bord de la mer  

Impossible livre

      Mots

    déploiement géométrique, sonore, temporel

Les mots/"Sons" dessus dessous?/Où (hou!hou!) sont les sons?/Sur les ondes/Tout se jouait entre deux mots qui se fuyaient/Ecrits déchirés/Les mots me manquent/Mots à profusion/Fond et forme/L'art de combiner les sons/Passerelles de mots/Sous le couvert des mots /Ma voix résonne dans le désert!/C (Qu) antique/Mots creusés-creusets /Mots interdits /Mots /                       

       Motifs

     Leitmotiv/    

         Ombres

     Point de rencontre /Aboli bibelot /Portrait/  

         Images

     Images découpées/La dernière image de lui/ Autoportrait /  

          la lettre i

     Démolition/DESPERADO/Eperdument/  

           immense

     Un océan à traverser/Plans sur la comète, rêverie géante.../  

            improvisations

     Nécessité fait loi?/ Chevauchée fantastique/  

             invisibles frontières  

     Moi et/ou moi/Acrostiche/Du trajet au destin (tragédie?)/Elle ourlait le bord des précipices.../Incertains rivages/L'usine/Couloirs du temps/  

          itinéraires

     Rose des vents/Prendre le large/

24 avril 2013 3 24 /04 /avril /2013 23:04

Je ne sais plus qui m’avait offert ce Jokari ni à quelle occasion… Le Jokari avait l’avantage de me dispenser d’avoir un(e) partenaire, le rôle étant tenu par la petite balle attachée à l’élastique qui la reliait à moi. La balle revenait vers moi en proportion de la vitesse que je lui avais donnée, de la direction dans laquelle je l’avais lancée, elle m’obéissait et je la suivais, elle prolongeait mes mouvements, me faisait taper toujours plus fort, toujours plus loin, toujours plus vite, devenait une extension de moi-même, et je me découvrais moins maladroite que je le croyais, capable de tenir tête à l’imprévu de cette petite boule étonnante qui sautait et virevoltait dans tous les sens avec une élasticité que je pouvais maîtriser, que j’apprenais à contrôler en améliorant la précision de mes gestes.  

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22 avril 2013 1 22 /04 /avril /2013 23:04

Ma vie se dessinait ainsi autant par le creux de tous les objets que je ne possédais pas que par le plein de notre vie familiale chaleureuse. Nous avions droit à tous les superflus gratuits : les promenades dominicales dans la ville, les festivités qui s’y déroulaient une fois par an juste avant la rentrée des classes, les fêtes foraines qu’on appelait ducasses, mais à condition d’avoir le cran de se contenter de regarder les manèges tourner (en renversant son porte-monnaie, ma mère trouvait souvent in extremis la pièce qui permettait de ne pas se sentir totalement frustré !), les visites chez les proches et les amis autour d’une tasse de café, et aussi, moyennant quand même le prix de deux ou trois demis de bière, les longues pauses dans un café du centre-ville où le luxe consistait à y manger des frites.

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21 avril 2013 7 21 /04 /avril /2013 23:04

Très tôt, j’avais vu ma mère compter les sous. Mon père était courageux et se donnait beaucoup de mal mais ne gagnait pas bien sa vie. Cette anomalie dans le monde des adultes me préoccupait. Comme tous les enfants, j’aimais la logique. Que 2 + 2 fassent 4, sinon, comment s’en sortir ? Le rêve n’était pas le mensonge ni l’imposture. En plus de la logique, je possédais un sens aigu de la justice. Mon père aurait dû être récompensé de ses efforts. Au lieu de cela, la dépense où nous rangions les courses était toujours presque vide. A H. et encore dans nos premières années dans la ville d’A., la paye de mon père était hebdomadaire. Vers le milieu de la semaine, ma mère renversait son porte-monnaie vide au cas où il en serait tombé une pièce oubliée. Pour assurer la soudure, mes parents ne se servaient plus que des nouilles. Nous avions mauvaise réputation auprès des commerçants, non pas à cause des impayés que ma mère n’aurait même pas osé envisager, mais des achats que nous n’effectuions pas. Manquant parfois du nécessaire, il n’était pas question de désirer le superflu. J’étais habituée à ce régime de croisière et je pensais comme mes parents que, de toutes façons, nous avions l’essentiel.

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19 avril 2013 5 19 /04 /avril /2013 23:04

La petite balle en caoutchouc de mon Jokari rebondissait magnifiquement sur le sol lisse de la chaussée en étirant un mince mais solide élastique rond acheté dans une droguerie moderne aux très larges vitrines, qui sentait à l’intérieur toutes sortes d’odeurs étrangement exaltantes. Je tapais dans la balle avec une raquette de bois plein assez petite mais épaisse qu’il valait mieux ne pas recevoir en pleine figure, ce qui pouvait arriver quand je jouais en double avec mon frère (rarement) ou des voisin(e)s. A la fin des années 1950, à cet endroit de la ville, la circulation automobile était inexistante. Seuls le camion qui livrait la bière et la camionnette du laitier pouvaient interrompre nos jeux. L’été, quand j’entendais le klaxon très particulier de la voiturette du marchand de glaces, je rentrais chez moi pour vérifier si le non de ma mère était toujours aussi ferme (c’était « trop cher ») et pour m’éloigner visuellement de la tentation et des regrets que je ne réussissais pas à supprimer complètement de ma tête.

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17 avril 2013 3 17 /04 /avril /2013 23:04

Nous habitions à la périphérie de A., dans une rue en terre battue desservie par trois pompes, l’eau courante serait installée dans chaque maison en 1963. Nous avions quitté une maison plus confortable mais dont le loyer était « trop cher » et qui n’avait pas de jardin pour y faire pousser des légumes. Nous nous nourrissions principalement de pommes de terre. Mon père avait gardé une prédilection pour le pain, qu’il bénissait d’un signe de croix avant d’entamer la miche. Les légumes de notre futur jardin constitueraient un appoint non négligeable à notre menu et au budget familial. Mon père avait aussi pensé aux fleurs que le jardin fournirait pour le cimetière. Le jour de la fête des morts, il pourrait mettre à profusion dahlias et chrysanthèmes sur les tombes de nos proches. Nous changions de commune mais nous ne nous déplacions que de trois rues. Le déménagement avait pu se faire avec une charrette à bras en quelques allers et retours. Je partais en éclaireur et faisais la mouche du coche. Excitée et joyeuse, je faisais de grands signes pour nous libérer le chemin, le déménagement, même à si peu de distance, restait une aventure.

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8 avril 2013 1 08 /04 /avril /2013 23:04

Dans la vie, je suivais des couloirs qui me menaient dans des endroits très différents les uns des autres. C’était une sorte de labyrinthe avec des impasses où je restais plusieurs heures avant de repartir ailleurs. Les lieux où je revenais paraissaient inchangés mais n’étaient plus les mêmes à un ou plusieurs détails près. Moi-même, tout en demeurant celle que j’étais, je ne restais pas identique. Les souvenirs que je revisitais donnaient au temps la flexibilité d’un élastique. Ce qui était passé restait présent dans ma mémoire. Je pouvais jongler avec les époques et les lieux qui leur étaient associés. Or, la ville de H., qui était celle de ma petite enfance, me faisait faire l’expérience du temps révolu. Je continuais de la parcourir physiquement pour me rendre à l’école mais je n’empruntais plus le même trajet qu’autrefois. Les premières années de mon enfance étaient localisées du côté du « chemin vert » quand je me rendais à l’école par l’arrière de la commune. C’était là, en bordure des champs, que j’avais vu mon père et mon frère courir derrière un cerf-volant. Depuis le déménagement, je passais par l’axe principal de la petite ville. Je traversais mon ancienne rue à l’extrémité opposée de celle où j’avais habité. Je ne m’attardais pas sur l’impression étrange que je ressentais comme si, dédoublée, j’apercevais de loin l’enfant que j’avais été ! Je ne m’y attardais pas mais j’en ressentais la piqûre nostalgique ; les autres rues, je ne les traversais pas avec ce pincement au cœur ou cette indifférence affichée…

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2 avril 2013 2 02 /04 /avril /2013 23:04


Après le déménagement, j’ai continué d’aller à l’école primaire de la ville de H. Le trajet était long, la sacoche était lourde. L’hiver, après la place de l’Octroi qui séparait les deux communes, la route du retour devenait sinistre. La rue des Murets était interminable avec sa rangée de maisons austères trouée par des courées et, sur le côté opposé, son terrain vague aux herbes folles d’où pouvaient venir tous les dangers. Je préférais le côté des maisons, qu’un éclairage public faisait émerger de la nuit à intervalles réguliers. Dans les espaces non éclairés, je pressais le pas en guettant les ombres. Je commençais à me rasséréner quand j’apercevais l’angle que formait la boulangerie avec l’axe qui amorçait la rue où nous habitions désormais. La vitrine me semblait illuminée comme un phare. Courage ! Le port était en vue. Quand, enfin, je m’engageais dans notre nouvelle rue, le soulagement que je ressentais laissait de nouveau la place à un sentiment d’oppression au fur et à mesure que je m’éloignais du chaud rayonnement de la boutique. Il fallait encore marcher pendant plusieurs dizaines de mètres. Je m’enfonçais dans une espèce de couloir obscur en pente légèrement ascendante dont les parois reproduisaient à l’infini, jusqu’au point de jonction visuel de leurs deux lignes parallèles, les stries verticales correspondant aux portes et aux fenêtres. La rue, qui était pourtant longue, n’était éclairée qu’à ses deux extrémités et au milieu. J’avais pour ma part divisé le territoire de la rue en trois parties, de la plus familière à celle que je fréquentais le moins. Si je faisais souvent le trajet de la boulangerie à la maison, les deux autres tiers de la rue étaient le début d’un périple plus rare qui pouvait conduire jusqu’au centre de la ville d’A. Quand je jouais au Jokari, mon jeu se positionnait sur la fin du premier tiers et le début du second. C’était ce point-là que je fixais mentalement et que j’essayais de discerner dans la pénombre en tâchant d’oublier le poids de mon sac et la pesanteur de mon cœur. Je ralentissais le pas, je retrouvais de la force et du courage au moment de l’arrivée. La façade de la maison se rapprochait, me souriait. Quand je tournerais la clenche de la porte, je me glisserais dans son repli hospitalier, à l’abri du monde.

 

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