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Présentation

  • : le vent qui souffle
  • : Un souvenir surgissait parfois des mots comme un djinn d'une jarre, un souvenir imaginé, un oubli imaginaire... Le jeu de l'oubli dans l'écriture consistait à donner une forme à ces souvenirs blancs qui s'échappaient comme des fantômes...
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Autoportrait

         Qui étais-je vraiment? /

Ballet d'oiseaux

          au bord de la mer  

Impossible livre

      Mots

    déploiement géométrique, sonore, temporel

Les mots/"Sons" dessus dessous?/Où (hou!hou!) sont les sons?/Sur les ondes/Tout se jouait entre deux mots qui se fuyaient/Ecrits déchirés/Les mots me manquent/Mots à profusion/Fond et forme/L'art de combiner les sons/Passerelles de mots/Sous le couvert des mots /Ma voix résonne dans le désert!/C (Qu) antique/Mots creusés-creusets /Mots interdits /Mots /                       

       Motifs

     Leitmotiv/    

         Ombres

     Point de rencontre /Aboli bibelot /Portrait/  

         Images

     Images découpées/La dernière image de lui/ Autoportrait /  

          la lettre i

     Démolition/DESPERADO/Eperdument/  

           immense

     Un océan à traverser/Plans sur la comète, rêverie géante.../  

            improvisations

     Nécessité fait loi?/ Chevauchée fantastique/  

             invisibles frontières  

     Moi et/ou moi/Acrostiche/Du trajet au destin (tragédie?)/Elle ourlait le bord des précipices.../Incertains rivages/L'usine/Couloirs du temps/  

          itinéraires

     Rose des vents/Prendre le large/

14 février 2013 4 14 /02 /février /2013 12:39

Le lien qui relie à soi-même

 

Ce matin-là, ce matin glacé de mai, ou peut-être déjà cet autre matin d'hiver, quelques mois auparavant, il lui semblait avoir commencé une sorte de voyage intérieur, de dérive ou de glissade impossible à maîtriser, commandée par la recherche d'une vérité impérieuse qui ne tolérait plus de retard, et qui la conduisait d'une main de fer vers un face à face avec elle-même qu'elle s'efforçait de repousser de toutes ses forces, en prenant appui sur le quotidien, sur les activités concrètes et les amitiés de tous les jours qui avaient donné jusqu'alors au moins une apparence de forme et de sens à son univers. C'était maintenant ou jamais, elle aurait voulu jamais... Sur le gros cahier à spirales qu'elle avait acheté au centre commercial de la ZUP, sous la verrière fumante et crépitante de pluie qui recouvrait le passage entre la rue commerçante et la Grand'Place, ce matin-là, après avoir conduit comme d'habitude les enfants de sa voisine à l'école, puis erré de rue en rue et de quartier en quartier jusqu'à celui de la Vieille Cité, dont elle s'était rapprochée machinalement, comme aimantée par le souvenir qui se faisait désir, assise sur un banc un peu cassé près duquel s'étalaient des papiers gras, elle avait tracé ces quelques lignes, ces quelques mots dérisoires et magiques qui étaient peut-être le commencement d'une écriture, et qui auraient le pouvoir d'ouvrir un passage entre la présence et l'absence, de réunir les vivants et les morts, de renverser le cours du temps et de bouleverser l'ordre des choses, de donner aux événements réels leur véritable sens. C'était sans doute accorder beaucoup trop d'importance aux mots... Mal à l'aise, se sentant presque coupable, elle avait arraché du cahier tout neuf - pour cela, les spirales, c'était très pratique - ce feuillet qu'elle ne donnerait à lire et qui ne la relierait à personne. Transformée en boule, la page alla rejoindre les papiers gras.

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9 février 2013 6 09 /02 /février /2013 00:04

          

       Par milliers dans la ZUP les vitres s'étaient allumées. Elle venait de rentrer. Elle aussi avait allumé et s'était préparé une tasse de thé. Les vitres étaient comme des lucioles. Elle avait pris dans la tasse son visage à pleines mains, ambre faune désir échec et mat culture cinématographique le septième sceau la mort coulait à flots...

 

       La septième fois, de la tour

noyante voie

            elle pensa

                       avoir le choix...

 

      

       De partout il ruisselait elle avait eu de la peine à retenir dans les mains son visage, le thé avait une jolie couleur maintenant, dehors on aurait dit que les lucioles riaient, de belles gouttes bien rondes avaient roulé sur le sol, puis quelqu'un avait heurté la porte, elle avait eu peur, les images avaient cessé de rebondir et d'éclater...

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5 février 2013 2 05 /02 /février /2013 00:04

Elle avait tourné dans une rue qui ressemblait à un couloir, aux longs murs de briques rouge sombre noircis par la fumée d'une usine toute proche, avec une succession de fenêtres plus hautes que larges et des portes qui fendaient cet alignement de briques uniformes d'une façon si répétitive que le regard n'en retenait qu'une image brouillée de stries verticales dans lesquelles il arrivait qu'un homme, une femme ou un enfant fussent avalés comme des figurines de papier dans une boîte aux lettres. Le regard canalisé par les deux rangées de maisons qui semblaient se rejoindre au bout de cette rue étroite, elle prêtait attention au battement de ses pas sur le pavé luisant...

 

 

            Un pas

           Une goutte

           Un pas

           Une goutte

           Un pas

           Une goutte

 

           Je marche

           Les rues sont grises

           Je marche

           Il pleut

           Les pavés luisent

 

           Une goutte

           Monotone

           Un homme arrive

           S'ouvre une porte

           Personne

           Une goutte

           Les rues sont mortes

 

           Mains dans les poches

           La pluie crépite

           Corps ramassé

           Mes yeux ruissellent ruissellent

           ruissellent

           Mes mains

           Mon corps

           La pluie qui crépite

 

           Une goutte

           Un pas

           Une goutte

           Un pas

           Une goutte

 

           Mort

 

           Néant

 

           Surréel

 

 

           Suis-je?

 

              L'AVENIR IMPROBABLE  

 

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30 janvier 2013 3 30 /01 /janvier /2013 00:04

 

La photographie n'était que le reflet arbitraire d'un instant arraché à la fosse béante du temps, et ne livrerait pas d'autre secret que cette fixité étrange et ce témoignage troublant d'une vie abolie mais qui avait existé. Ce n'était qu'une trace, aussi bouleversante que les empreintes de mains retrouvées dans les grottes préhistoriques. Elle continuerait pourtant, avec déraison, parce que cette vie retournée au néant continuait de l'émouvoir, à scruter la profondeur de ce regard, à suivre le mouvement de ces lèvres qui essaient avec peine d'esquisser un sourire, à interroger ce front trop grand sous les cheveux relevés, à examiner cette broche dorée qui rehausse le corsage sombre, à s'émerveiller devant le col de dentelle fine fabriqué par des mains délicates. Sa mémoire avait conservé des milliers d'images plus récentes, en mouvement comme dans un film. Ces images-là, douloureuses, s'enfonçaient peu à peu dans les couches inférieures de la conscience, accompagnées d'une sorte de sentinelle chargée de les veiller, de les protéger contre l'oubli définitif, mais aussi et peut-être surtout d'empêcher la souffrance d'une remontée à l'air libre... Une sorte de filtre magique ne laissait passer que les formes simplifiées ou mythiques du souvenir. Il n'était pas impossible de croire que ces formes pourraient revivre de la même façon que les vestiges d'une civilisation disparue, avec le recul et la passion des archéologues, la passion préservant l'émotion, le recul faisant barrage à la douleur. Il devenait possible également de croire que ces empreintes de vie laissées par une morte rétabliraient un passage avec elle, la "encore vivante". Et tous ces signes, il fallait désormais les déchiffrer, les décrypter, les interpréter comme des indices sur son propre destin, contenu dans la forme ronde de ce petit miroir de poche, cruellement figé et glacé côté pile, insaisissable comme l'eau courante, imprévisible, inquiétant, effrayant comme un torrent dévastateur, côté face.

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26 janvier 2013 6 26 /01 /janvier /2013 00:04

Elle ne savait pas, elle devinait seulement, et la sensation de malaise intense qu'elle ressentait devant son apparence si fragile - les yeux surtout, voilés, déjà perdus dans un au-delà de la mémoire qui ressemblait peut-être encore à celui de l'espoir - en était le signe, elle ne comprenait pas clairement mais elle entrevoyait que le mouvement qu'il avait amorcé pour se rapprocher d'elle dans ce petit bistrot de quartier où elle l'avait accompagné à la tombée de la nuit, comme autrefois lorsque, petite, avant l'âge des malentendus, elle faisait un bout de chemin avec lui en s'amusant à se perdre pour le plaisir d'être retrouvée par lui dans ce labyrinthe de ruelles et de courées qui dégringolaient vers le canal et les usines qu'il desservait, elle comprenait obscurément que cette amorce de rapprochement qui pouvait s'expliquer par le désir de laisser quand même une trace, une ébauche d'histoire, des mots de réconciliation avant le grand départ qu'en son for intérieur il devait souhaiter, n'était que le pendant du même mouvement en sens contraire, et que, tout en se rapprochant d'elle, en fait, il s'en éloignait.

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23 janvier 2013 3 23 /01 /janvier /2013 00:04

Elle l'avait regardé intensément. Les cheveux qu'elle avait toujours connus blancs. La déformation de son dos qui poussait sa tête en avant comme celle d'un héron en train de pêcher le cou ployé. Le mouvement lent de ses doigts noueux roulant une cigarette. Sa main droite réglée comme un métronome portant à ses lèvres, alternativement, la cigarette qui nimbait son visage de fumée ou le demi de bière qui luisait comme de l'or dans la pénombre du café. Le travail de la main gauche, animée du même mouvement de balancier que la droite, venant décharger celle-ci de la cigarette pour qu'elle puisse saisir le verre, l'ensemble formant une admirable mécanique de gestes décrivant un angle droit depuis le point de jonction des deux mains, la gauche suivant le sens horizontal de la table, la droite s'élevant ou s'abaissant perpendiculairement à celle-ci, au rythme d'un tempo immuable qu'il avait un jour fixé une fois pour toutes, trois à quatre inhalations de fumée pour une petite gorgée de liquide, invariablement, immanquablement, interminablement, gestes à la régularité cosmique et attitudes sibyllines qu'elle garderait gravés pour toujours dans la chambre noire de ses souvenirs...

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13 janvier 2013 7 13 /01 /janvier /2013 00:04

Cette angoisse insidieuse, indicible, était apparue pour la première fois le jour où... Non, la première apparition était antérieure, elle remontait à... Ensuite, elle l'avait réprimée, refoulée jusqu'au jour où... En réalité, elle avait toujours connu cette forme d'angoisse sans contenu qui réfrénait tout élan, il s'y était ajouté le sentiment d'une menace, d'une possible catastrophe, tremblement de terre, fin du monde, colère des dieux, misère des hommes, apocalypse, fatalité... Et l'angoisse engendrée par cette menace bien réelle avait recouvert l'autre, l'insidieuse, l'indicible, celle qui n'avait pas de contenu, de raison, de cause apparente, sauf peut-être le seul fait d'exister...

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4 janvier 2013 5 04 /01 /janvier /2013 00:04

Peut-être avait-elle inventé tout cela, la chaise s'était cassée par accident, le carreau de la porte vitrée également en vertu de la loi des séries, Monique avait eu envie de changer le cadre au-dessus du bahut mais l'autre n'était pas encore prêt et son compagnon n'était pas à l'origine des dégradations sur les murs mais c'étaient les enfants avec leurs autos tamponneuses ou leurs fléchettes, de même qu'ils avaient mis en pièces le beau vase en cristal et l'assiette en porcelaine et leur mère avait protégé de leurs maladresses les autres objets fragiles en les rangeant sous clé tout au fond d'une armoire; les vociférations entendues quelquefois dans l'appartement contigu n'étaient que l'expression forte d'une exaspération passagère, l'explosion d'une colère banale, la manifestation incontrôlée d'une fatigue compréhensible, la vie somme toute avec ses changements d'humeurs et sa palette plus ou moins nuancée, plus ou moins vive, plus ou moins éclatante et tonitruante de sentiments qu'elle suscite, un ton plus haut chez certains, un ton plus bas chez les autres...

 

Erreurs d'interprétation, de décryptage, jeux trompeurs de l'identification, les sensations qu'elle avait attribuées à la petite fille avaient surgi de l'écartement de la porte comme d'une faille creusée dans son propre coeur; le ruissellement des eaux de sa mémoire s'acharnait sans relâche sur la réalité comme la pluie depuis tout à l'heure sur la verrière et ses souvenirs eux-mêmes étaient faussés, fissurés, ravinés et remodelés par sa solitude présente sur ce banc au lourd passé, la verrière qui bruissait sous les gouttes n'était qu'une protection illusoire qui déformait à la fois le ciel et la terre, le rêve et la réalité, l'espoir et son absence, ce miroir déformant se glissait partout depuis presque toujours entre la vérité de sa vie et les représentations qu'elle s'en fabriquait; elle jouait sur un plateau désert, son texte disait l'absence mais le dépouillement éclairait par défaut une multitude de personnages mi-réels, mi-fictifs, morts ou vivants, qui finissaient par encombrer la scène de leurs intrigues si entremêlées, si enchevêtrées, que l'unique comédienne, actrice solitaire et solaire, paraissait ne jamais devoir finir de reconstruire, de recomposer, de reconstituer la totalité des pièces du puzzle qui dansaient la sarabande autour de sa personne dans un désordre, une confusion indescriptible...

 

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27 novembre 2012 2 27 /11 /novembre /2012 00:04

 

                  Anguleusement

            ville des jeux mère   RALENTIR

            enfants à coeur bloqué

            désertent la caserne

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26 novembre 2012 1 26 /11 /novembre /2012 00:04

Souvent, le soir, elle revenait marcher à travers cet espace incertain, ni campagne ni ville, ces anciens champs devenus terrains vagues, en attente de projets urbains, entre la ZUP et l'autoroute. L'antidote de la peur était quelque part de l'autre côté de la brume, où finissaient par disparaître les feux arrière des véhicules. Il fallait quitter la rive connue, s'élancer à travers cet espace incertain, ces terrains en attente d'un emploi, d'une utilisation, d'une occupation au sens propre du terme, aussi vagues qu'elle se sentait velléitaire, aussi vides qu'elle se sentait creuse, bordés du côté de l'horizon par la fluidité, la mobilité de l'axe autoroutier, et du côté de la cité par la rigidité, l'inquiétante immobilité des grands murs de béton, aussi austères que ceux d'une prison. Mais une sorte de paralysie la maintenait sur place, dans la prison de ses désirs contradictoires et de sa conscience confuse, déboussolée, affolée...

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