Un souvenir surgissait parfois des mots comme un djinn d'une jarre, un souvenir imaginé, un oubli imaginaire... Le jeu de l'oubli dans l'écriture consistait à donner une forme à ces souvenirs blancs qui s'échappaient comme des fantômes...
Côté face, le petit miroir rond qu'elle tournait et retournait dans le creux de ses mains lui renvoyait dans la pénombre une image floue et obscurcie de ses propres traits qu'elle confrontait à ceux de la personne photographiée côté pile. La ressemblance était saisissante. La fêlure sur la glace, la rouille qui s'était installée sur les bords, le jaunissement de la photographie qui avait été heureusement protégée par une fine pellicule de verre elle-même craquelée à plusieurs endroits, rendaient plus prégnante l'ancienneté de ce petit objet, et sa fragilité plus émouvante encore. Par instants, le miroir captait un rayon de lune qui étincelait dans la nuit froide et claire. Elle avait ouvert la fenêtre avec le désir de se mêler aux étoiles, de se baigner dans la voie lactée, de vivre de la vie des dieux ou du silence des astres. Dans une sorte de vision fantasmagorique ou d'hallucination, la photographie collée au dos du petit miroir rond se superposait à la surface lunaire...