Un souvenir surgissait parfois des mots comme un djinn d'une jarre, un souvenir imaginé, un oubli imaginaire... Le jeu de l'oubli dans l'écriture consistait à donner une forme à ces souvenirs blancs qui s'échappaient comme des fantômes...
Le soleil de l'été revenu découpait mon ombre sur le sol sans aucune bavure. J'essayais de la saisir, de suivre du doigt son contour. Quand je m'approchais des planches, mon double était cisaillé par les fentes. L'angle de la palissade au sol le pliait en deux. Je m'éloignais vers le centre du terrain pour le/me voir en entier. A midi, je n'étais qu'un gribouillis. Les rayons du soleil déclinant me faisaient grandir. Il existait un moment de la journée où mon double sur le sol arrivait à ma taille. Je pouvais me contempler dans les moindres détails. Puis il s'étirait démesurément, pour atteindre les confins de la nuit. Je ressemblais alors à la gamine qui attendait de dos un paquebot sur la photo de l'embarcadère...